À Munich, un appel à l’unité sous conditions
Devant la Conférence de Munich sur la sécurité, le chef de la diplomatie américaine a choisi un ton mesuré. Marco Rubio a insisté sur un lien transatlantique indéfectible :« Nous savons que le destin de l'Europe ne sera jamais sans rapport avec le nôtre »
Il a même affirmé que les États-Unis resteraient « toujours un enfant de l’Europe ». Un message qui tranche avec l’intervention très critique du vice‑président JD Vance l’an dernier, au même endroit. L’administration Trump semble vouloir rééquilibrer la relation, sans renoncer à sa propre vision stratégique. Derrière l’apaisement, une réalité demeure : Washington attend des Européens qu’ils se rangent derrière sa lecture des rapports de force mondiaux.
Une relation fragilisée depuis un an
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les désaccords se sont multipliés. Défense, autonomie stratégique, commerce, politique vis‑à‑vis de la Russie : autant de sujets qui ont tendu le dialogue transatlantique. Le discours de Marco Rubio apparaît donc comme une tentative de stabilisation. Mais cette volonté de « revitaliser » le lien avec une Europe « forte » pose une question implicite : forte… à quelles conditions ? Dans les capitales européennes, l’enjeu est clair. Renforcer la coopération sans renoncer à l’autonomie stratégique, devenue un leitmotiv depuis plusieurs années.Viktor Orbán, relais assumé du trumpisme
En Europe centrale, la Hongrie se distingue. Viktor Orbán entretient depuis longtemps des relations privilégiées avec Donald Trump. Les deux dirigeants partagent une vision politique conservatrice et un discours critique envers les institutions européennes. À quelques semaines d’élections législatives particulièrement disputées, le Premier ministre hongrois mobilise son électorat en désignant Bruxelles comme adversaire principal. Dans ce contexte, la Hongrie apparaît comme le point d’ancrage du trumpisme sur le continent. Une position qui accentue les fractures internes de l’Union européenne.Le Groenland, symbole des tensions
Autre dossier sensible évoqué à Munich : le Groenland. Marco Rubio a rencontré la Première ministre danoise Mette Frederiksen ainsi que Jens-Frederik Nielsen, homologue groenlandais, autour de l’avenir de l’île arctique, convoitée par Donald Trump. En janvier, la ministre groenlandaise des Ressources, Naaja Nathanielsen, s’inquiétait encore des déclarations expansionnistes du président américain. Ce dossier cristallise les interrogations européennes : jusqu’où Washington est-il prêt à aller pour défendre ses intérêts stratégiques ? Et comment l’Europe peut-elle répondre sans escalade ?Une Europe dépendante… ou en mutation ?
La question posée par l’émission dépasse l’actualité immédiate. L’Europe est-elle condamnée à rester dans l’ombre stratégique des États-Unis ? Depuis la guerre en Ukraine et la recomposition des alliances mondiales, l’Union tente d’affirmer sa souveraineté. Mais la dépendance militaire et énergétique reste forte. Le discours conciliant de Marco Rubio peut être lu comme un geste diplomatique, mais aussi comme un rappel de hiérarchie. L’avenir du lien transatlantique dépendra sans doute de la capacité européenne à parler d’une seule voix.Les experts invités dans C dans l’air
- Bruno Tertrais – Directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique
- Pierre Haski – Chroniqueur international (France Inter, Le Nouvel Obs)
- Nicole Bacharan – Historienne et politologue, spécialiste des États-Unis, autrice de Requiem pour le monde libre
- Samantha de Bendern – Chercheuse en relations internationales à Chatham House
- Muriel Domenach – Ancienne ambassadrice de France à l’OTAN
Retrouvez C dans l'air du lundi au samedi à partir de 17h40 sur France 5.





















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