Interpol, les dérives des notices rouges au cœur d’un documentaire

Publié le mardi 10 février 2026 à 10h44 4 min
Diffusé ce mardi soir sur LCP-AN, le film de Jean‑Christophe Brisard explore un système international censé protéger… mais qui peut aussi broyer des innocents.
Interpol, les dérives des notices rouges au cœur d’un documentaire
La publicité contribue à maintenir TV-PROGRAMME.COM gratuit.

Quand la coopération policière bascule

Diffusé ce mardi 10 février 2026 à 20 h 40 sur La Chaîne parlementaire, le documentaire Notices rouges, la face cachée d’Interpol s’attaque à un sujet rarement exposé au grand public. Derrière ces avis de recherche internationaux, présentés comme un outil clé contre la criminalité, se cache une réalité plus trouble. Aujourd’hui, près de 70 000 notices rouges circulent dans le monde. Un chiffre vertigineux, d’autant plus préoccupant que certaines sont émises par des régimes autoritaires pour cibler des opposants politiques, des militants écologistes ou des défenseurs des droits humains.

Des trajectoires individuelles brisées

Le film donne un visage à ces dérives. Celui d’Andrei Gnyot, activiste biélorusse, accusé de fraude fiscale après un dossier monté de toutes pièces par le pouvoir en place. Pendant neuf mois, il vit avec la crainte permanente d’une arrestation à l’étranger, contraint de demander le statut de réfugié pour se protéger. D’autres récits s’entrecroisent. Un militant écologiste arrêté loin de chez lui. Une famille ouïghoure installée à Istanbul, dont l’un des proches reste emprisonné au Maroc. Un défenseur des droits humains bahreïnien incarcéré sans avoir commis le moindre crime. À chaque fois, la même mécanique : une notice validée, puis des conséquences irréversibles.

Des procédures insuffisamment contrôlées

Le documentaire pointe un angle mort majeur : Interpol ne dispose pas toujours des moyens nécessaires pour vérifier si une notice est motivée par des raisons judiciaires ou politiques. Résultat, des demandes contestables passent entre les mailles du filet. Tous les États membres étant censés coopérer, une simple notice peut suffire à priver une personne de liberté, parfois pour des années, voire à provoquer un renvoi vers un régime qui la menace.

Influences et zones d’ombre au sommet

Jean‑Christophe Brisard s’attarde également sur le fonctionnement interne de l’organisation. Financée par ses États membres, Interpol reçoit aussi d’importantes contributions extérieures, notamment de la Chine, l’un des principaux pays émetteurs de notices rouges. Le film évoque des soupçons de corruption, avec des cas documentés de notices supprimées pour des criminels ou de réseaux permettant à certains suspects de suspendre leurs poursuites contre rémunération. Autant d’éléments qui fragilisent la crédibilité de l’institution.

Un équilibre fragile entre sécurité et justice

Sans verser dans la démonstration à charge, le documentaire interroge un paradoxe central : comment garantir la sécurité internationale sans devenir l’outil d’injustices politiques ? Le Conseil de l’Europe lui-même alerte sur ces dérives, soulignant la gravité des accusations. En donnant la parole aux victimes, Notices rouges, la face cachée d’Interpol invite le téléspectateur à regarder autrement un sigle familier. 

Aperçu vidéo
Alex B.
par Alex B.
"Jongleur de mots, chasseur d'infos et dompteur de deadlines. Café dans les veines depuis 2015."

Vos avis