Au-delà du mythe du conquérant
Quand on évoque Gengis Khan, l’image d’un chef de guerre redouté domine souvent. Pourtant, le documentaire Les cités perdues de Gengis Khan choisit un autre angle : celui d’un dirigeant capable d’organiser un empire immense et structuré. Au XIIIe siècle, au cœur des steppes mongoles, Karakorum n’était pas une simple halte nomade. Fondée par le créateur de l’Empire mongol, cette capitale constituait un véritable centre politique et commercial, connecté à la Route de la soie. L’enjeu du film est clair : comprendre pourquoi un peuple réputé nomade a ressenti le besoin d’ériger des cités, et comment ces villes ont façonné le plus grand empire contigu de l’Histoire.Des archéologues sur les traces des villes disparues
Pour répondre à ces questions, des équipes internationales mènent l’enquête dans quatre anciennes cités, de la Mongolie jusqu’aux confins de la Turquie.Karakorum, capitale sous haute précision
À Karakorum, le professeur allemand Jan Bemmann poursuit un ambitieux travail de cartographie par drone. Grâce à la télédétection, son équipe affine les plans de la ville du XIIIe siècle avec une précision inédite. Les chercheurs fouillent également le cimetière de la cité. Des analyses de squelettes en laboratoire doivent permettre de mieux comprendre qui vivaient dans la capitale impériale — et dans quelles conditions. Ces découvertes pourraient nuancer notre perception du pouvoir mongol et de son rapport aux populations intégrées à l’empire.À la recherche du palais de Gengis Khan
À Avarga, considérée comme la première cité de l’empire, des archéologues japonais et mongols tentent de localiser le palais de Gengis Khan. Leur objectif : réunir suffisamment d’indices pour décrypter la stratégie politique et militaire du chef mongol au moment fondateur de l’empire. Quelques mois plus tard, dans une région isolée de Mongolie, Jan Bemmann met au jour une autre cité du XIIIe siècle, Kar Khul Kaany Balgas. Son plan d’urbanisme, typiquement mongol, interroge : s’agit-il d’un modèle exporté à travers tout l’empire ? Un élément semble aller dans ce sens. Dans la province turque de Van, des archéologues ont récemment identifié des preuves attestant l’existence d’une cité fondée par Gengis Khan. Un indice supplémentaire de l’ampleur et de l’organisation territoriale de l’empire.Un empire multiculturel à redécouvrir
Ces découvertes sont mises en perspective par l’historienne française Marie Favereau, spécialiste reconnue de l’Empire mongol. Son analyse éclaire le fonctionnement d’une société capable d’intégrer différentes ethnies et religions au sein d’un ensemble politique vaste et structuré. Le documentaire invite ainsi à revoir certaines idées reçues. Derrière la figure du conquérant se dessine celle d’un stratège qui a su penser l’urbanisme, l’administration et les échanges à grande échelle. À l’heure où l’archéologie s’appuie sur les technologies les plus avancées, ces cités perdues rappellent que l’histoire des steppes est bien plus urbaine qu’on ne l’imaginait. Et que le mystère de l’Empire mongol continue, huit siècles plus tard, de se dévoiler peu à peu.Les cités perdues de Gengis Khan, documentaire de 90 minutes écrit et réalisé par Marina Boyenval, avec les conseils historiques de Marie Favereau et Jan Bemmann. Diffusion jeudi 5 mars à 21h05 dans Science grand format sur France 5.





















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