Nos œufs au congélo : un documentaire sur le désir d’enfant à l’ère de la PMA
Depuis 2021, les femmes françaises peuvent congeler leurs ovocytes sans raison médicale, une possibilité qui bouleverse le rapport au temps, à la maternité et au désir. À travers des récits intimes et sans tabou, le documentaire Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion ? explore ce que ce nouveau droit révèle d’une génération de femmes en quête de liberté, diffusé dans Infrarouge sur France 2.

Nos œufs au congélateur : suspendre le temps pour mieux choisir ?
Depuis l’adoption de la loi de bioéthique en 2021, les femmes françaises âgées de 29 à 37 ans peuvent congeler leurs ovocytes gratuitement, sans motif médical. Une possibilité nouvelle qui interroge à la fois le rapport au temps, au désir de maternité et aux normes sociales. À travers des récits intimes, la réalisatrice Delphine Dhilly explore cette révolution silencieuse dans le documentaire Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion ?, diffusé dans Infrarouge le mardi 16 décembre à 22h50 sur France 2.
Des parcours singuliers face à une même urgence
Cécile a 34 ans. Elle s’est séparée de son compagnon à la veille de ses 31 ans. Depuis toujours, elle souhaite devenir mère, mais comprend alors que le temps, lui, ne se rattrape pas. « On ne peut pas rembobiner », dit-elle. Pour se laisser une chance et ne pas renoncer trop tôt à son projet, elle décide de congeler ses ovocytes. Comme elle, des milliers de femmes font aujourd’hui ce choix, non par certitude, mais pour garder une option ouverte.
Une loi qui répond à une réalité sociale
L’ouverture de l’autoconservation ovocytaire s’inscrit dans un contexte bien précis : l’âge du premier enfant ne cesse d’augmenter depuis plusieurs décennies, tandis que la fertilité féminine demeure biologiquement limitée. Dès la première année d’application de la loi, plus de 30 000 demandes ont été enregistrées. Pour Delphine Dhilly, ce chiffre révèle un besoin longtemps ignoré. À 45 ans et mère depuis quatorze ans, la réalisatrice confie qu’elle ne s’était jamais posé la question de sa fertilité, mais reste convaincue que beaucoup de femmes de sa génération auraient saisi cette opportunité si elle avait existé plus tôt.
L’horloge biologique, une inégalité persistante
« Les femmes n’ont pas le même rapport au temps que les hommes », rappelle Hélène Malmanche, sage-femme et anthropologue. La fertilité féminine atteint son apogée autour de 20 ans, diminue progressivement jusqu’à 37 ans, puis chute brutalement. La congélation d’ovocytes permet ainsi de figer une qualité ovocytaire à un âge donné, offrant une forme de pause biologique. Plus qu’une garantie de maternité, il s’agit d’un outil pour réfléchir, différer, ou parfois renoncer en conscience.
Briser les clichés autour de la congélation
Le documentaire déconstruit une idée reçue tenace : celle de femmes exclusivement carriéristes qui repousseraient la maternité par ambition professionnelle. Pour le professeur Michaël Grynberg, gynécologue-obstétricien, la réalité est tout autre. « Beaucoup n’ont tout simplement pas rencontré le bon partenaire. » Congeler ses ovocytes devient alors une manière de ne plus faire dépendre son projet d’enfant d’une relation incertaine. « Quand je rencontre des hommes, je n’ai pas envie de chercher un géniteur », résume Cécile.
Une loi qui ouvre aussi de nouveaux désirs
La congélation ovocytaire s’inscrit dans un cadre plus large : celui de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. En élargissant les possibles, la loi ne répond pas seulement à des demandes existantes, elle en fait aussi émerger de nouvelles. Léa, lesbienne, explique que cette évolution législative lui a permis de se projeter pour la première fois comme mère. « Si c’est possible, alors peut-être que j’en ai envie. Je fais ce parcours pour ne pas regretter plus tard. »
Réfléchir plutôt que décider dans l’urgence
Dans les pays où l’autoconservation est pratiquée depuis plus longtemps, comme les États-Unis ou l’Espagne, seules 10 % des femmes utilisent finalement leurs ovocytes. Un chiffre qui confirme l’intuition de la réalisatrice : la congélation n’est pas toujours un moyen de faire un enfant, mais souvent une façon de s’accorder du temps. « C’est un moment pour penser son désir, se l’approprier, ou imaginer d’autres trajectoires », explique Delphine Dhilly. Comme si ces femmes acceptaient enfin de considérer leurs désirs au pluriel.
Infrarouge – Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion ?
- Présentation : Marie Portolano
- Réalisation : Delphine Dhilly
- Production : Koro Films
- Format : Documentaire, 55 minutes (2025)
- Diffusion : mardi 16 décembre à 22h50 sur France 2

par TV-Programme.com
"L'équipe rédactionnelle de TV-Programme.com"
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