Delphine Ernotte (France TV) visée par une information judiciaire sur des frais d’hôtel de luxe

Publié le mercredi 11 février 2026 à 15h57 3 min
Une information judiciaire est ouverte après des dépenses hôtelières engagées lors du Festival de Cannes 2023. En ligne de mire : plus de 110 000 euros de nuitées attribuées à des dirigeants de France Télévisions. Le groupe public assure n’avoir mobilisé aucun argent public.
Delphine Ernotte (France TV) visée par une information judiciaire sur des frais d’hôtel de luxe
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Une enquête judiciaire désormais lancée

L’affaire franchit un cap. Une juge d’instruction parisienne a été désignée pour enquêter sur des frais d’hôtel engagés pendant le Festival de Cannes 2023 au bénéfice de plusieurs dirigeants de France Télévisions, dont sa présidente Delphine Ernotte Cunci. L’information judiciaire porte sur des soupçons de détournement de biens publics et d’abus de biens sociaux. Elle fait suite aux plaintes déposées par le syndicat CFE‑CGC de l’audiovisuel, qui réclamait depuis plusieurs mois la désignation d’un magistrat instructeur.

Plus de 110 000 euros en question

Au cœur du dossier : plus de 110 000 euros de nuitées dans des hôtels de luxe cannois. Selon le syndicat, ces factures auraient été réglées par le groupe public au profit de ses dirigeants, ainsi que de deux fondateurs du média Brut, partenaire de France Télévisions pendant l’événement. La CFE‑CGC évoque une “somme extravagante”, estimant que ces montants dépasseraient largement le plafond interne autorisé de 350 euros par nuit. Les accusations s’appuient sur des documents diffusés anonymement en ligne.

France Télévisions défend la pratique du “barter”

Face aux critiques, France Télévisions se dit “parfaitement serein”. Le groupe affirme que “pas un euro d'argent public” n’a été dépensé pour ces hébergements. La direction met en avant un système de “barter” : un échange de prestations, en l’occurrence des chambres d’hôtel contre des espaces publicitaires invendus. Une méthode que Delphine Ernotte Cunci a défendue le 10 décembre dernier devant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, la qualifiant de pratique “courante, légale et utilisée par tous les médias”.

Un dossier suivi de près en interne

Le syndicat avait d’abord déposé une plainte simple en février 2024, avant de se constituer partie civile trois mois plus tard pour obtenir l’ouverture d’une instruction. Son secrétaire général, Jean‑Jacques Cordival, estime qu’“il était grand temps que la justice se penche sur ce dossier”, exprimant des doutes sur le principe d’un échange “Chambres d'hôtel 4 étoiles contre pub”. L’avocat du syndicat, Me Pierre‑Olivier Lambert, s’attend à ce que la présidente de France Télévisions soit entendue dans le cadre de la procédure.

Un contexte sensible pour l’audiovisuel public

Cette enquête intervient alors que l’audiovisuel public traverse une période de réflexion sur son financement et sa gouvernance. Les dépenses engagées lors de grands événements comme le Festival de Cannes sont régulièrement scrutées, tant en interne que par les pouvoirs publics. Au‑delà du volet judiciaire, l’enjeu est aussi symbolique : la gestion des ressources d’un groupe financé en partie par des fonds publics reste un sujet sensible auprès des salariés comme des téléspectateurs. Reste désormais à l’instruction de déterminer si les pratiques mises en cause relèvent d’un simple désaccord sur des méthodes commerciales… ou d’infractions pénales.
Emma Dalzac
par Emma Dalzac
"Emma est passionnée de TV depuis toujours, elle aime en parler... parfois trop.
A vous de juger."

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