Jacqueline Manicom : le destin méconnu d’une pionnière du féminisme

Publié le lundi 9 mars 2026 à 07h20 4 min
Sage‑femme, écrivaine et militante, Jacqueline Manicom a consacré sa vie aux droits des femmes. Un documentaire diffusé sur France 3 revient sur le parcours de cette figure guadeloupéenne longtemps restée dans l’ombre du récit féministe français.
Jacqueline Manicom : le destin méconnu d’une pionnière du féminisme
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Une enfance marquée par la condition des femmes

Née en 1935 en Guadeloupe, Jacqueline Manicom grandit dans une famille d’agriculteurs indo‑caribéens modestes. Aînée d’une fratrie nombreuse, elle voit sa mère traverser vingt grossesses en vingt ans. Seuls dix enfants survivront. Très tôt, cette réalité façonne son regard sur la maternité et la condition féminine. Obligée d’aider à élever ses frères et sœurs, elle renonce à son rêve de devenir médecin. Mais l’idée de soigner et d’accompagner les autres ne la quittera jamais. Elle choisit finalement de devenir sage‑femme. En 1958, elle décroche un premier poste à l’hôpital Bichat, à Paris. Au cours de sa carrière, elle accompagnera la naissance de plus de six mille bébés.

La naissance d’un engagement féministe

Son expérience personnelle nourrit rapidement une conviction profonde : les femmes doivent pouvoir décider de leur maternité. De retour en Guadeloupe, elle cofonde en 1964 La Maternité consciente, premier centre de planning familial des Outre‑mer. L’initiative s’inscrit dans la dynamique du mouvement lancé en métropole quelques années plus tôt. Pour Jacqueline Manicom, la contraception — et bientôt la lutte pour l’IVG — constitue un levier essentiel d’émancipation. Mais elle voit plus large : il s’agit aussi de transformer la manière dont les femmes sont considérées, notamment dans le monde médical.

Au cœur des combats féministes des années 1970

Installée de nouveau à Paris, elle s’engage pleinement dans les luttes féministes de son époque. Proche de personnalités comme Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, elle participe aux actions du Mouvement de libération des femmes (MLF) et rejoint le secrétariat national de l’association Choisir la cause des femmes, créée après la publication du Manifeste des 343. En 1972, elle intervient lors du procès de Bobigny, devenu un moment clé dans la bataille pour la légalisation de l’avortement. Son témoignage en faveur des droits des femmes marque les esprits. Parallèlement, elle écrit deux romans largement inspirés de son expérience de sage‑femme : Mon examen de Blanc et La Graine : journal d’une sage‑femme. Elle y décrit les réalités souvent difficiles de l’accouchement et les limites du système médical de l’époque.

Une figure longtemps oubliée

Malgré l’ampleur de ses engagements, Jacqueline Manicom ne verra jamais son combat pleinement reconnu. Femme, issue d’un milieu modeste et racisée, elle reste à la marge d’une histoire officielle du féminisme souvent centrée sur d’autres figures. Elle meurt le 22 avril 1976, laissant derrière elle une œuvre et un parcours encore peu connus du grand public.

Un documentaire pour redonner sa place à cette pionnière

Le documentaire Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes, réalisé par Martine Delumeau, propose de redécouvrir cette trajectoire singulière. À travers des archives sonores et des témoignages de proches, dont la journaliste Claude Servan‑Schreiber ou le médecin et homme politique Jacques Bangou, le film retrace le parcours d’une militante qui a consacré sa vie aux droits sexuels et reproductifs. En remettant en lumière cette figure guadeloupéenne, le documentaire invite aussi à élargir le récit de l’histoire féministe française. Une manière de rappeler que certains engagements décisifs se sont longtemps construits loin des projecteurs.

Quand voir le documentaire ?

Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes est diffusé lundi 9 mars à 23h35 sur France 3, dans la collection documentaire outremer.ledoc. Un film de 52 minutes produit par Incognita Doc avec la participation de France Télévisions.
Emma Dalzac
par Emma Dalzac
"Emma est passionnée de TV depuis toujours, elle aime en parler... parfois trop.
A vous de juger."

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