« 2005, état d’urgence » : vingt ans après la mort de Zyed et Bouna, un récit documentaire pour comprendre le drame
France 5 propose, dimanche 23 novembre à 21h05, une série documentaire en trois volets racontée par Abd Al Malik qui revient sur la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, survenue à Clichy-sous-Bois en 2005. Vingt ans après les faits, ce travail dépassant largement la notion de « fait divers » mêle les voix des proches, des témoins et des acteurs institutionnels pour retracer l’impact profond de ce drame sur la société française.
Un drame qui fait basculer la France
Le 27 octobre 2005, des collégiens rentrent d’un match de football lorsqu’ils sont pris en chasse par la police. Deux d’entre eux, Zyed, 17 ans, et Bouna, 15 ans, trouvent refuge dans l’enceinte d’un transformateur électrique. Ils y perdent la vie, fauchés en pleine adolescence. Ces garçons, fils, frères et amis, que l’on appelait « les petits », deviennent malgré eux les symboles d’une fracture sociale béante.
L’émotion, l’incompréhension et la colère, alimentées par des rumeurs, des maladresses et des mensonges institutionnels, enflamment les quartiers populaires. Pendant trois semaines, les violences urbaines se propagent dans tout le pays, poussant le gouvernement de Dominique de Villepin à décréter l’état d’urgence — une mesure inédite depuis la guerre d’Algérie.
Clichy-sous-Bois, symbole d’un malaise national
Durant ces nuits où brûlent des centaines de véhicules, Clichy-sous-Bois devient le point focal d’un malaise ancien. Les habitants dénoncent une jeunesse abandonnée, convaincue de pouvoir mourir « pour rien ». Le documentaire revient minute par minute sur la montée des tensions, grâce à des images d’archives, des reconstitutions et des témoignages rares.
Une pluralité de regards pour comprendre
La série donne la parole aux familles de Zyed et Bouna, à leurs avocats, à leurs enseignants, mais aussi à des représentants des forces de l’ordre et à des responsables politiques de l’époque, dont Dominique de Villepin ou Azouz Begag. Ces points de vue croisés permettent de reconstituer un récit nuancé, loin des simplifications médiatiques.
L’avocat Emmanuel Tordjman exprime un constat amer :
« Je ne suis pas convaincu que notre État soit entièrement prêt à juger les violences policières… J’ai le sentiment que peu de choses ont changé, et que des enfants continueront de courir en voyant des policiers courir, même s’ils n’ont rien à se reprocher. »
Un hommage qui redonne place aux individus
Écrite par Marie-Pierre Jaury et Gwenael Bourdon — également autrice d’un ouvrage consacré à ces événements — la série ne se limite pas à éclaircir les faits. Elle offre un espace de parole respectueux aux personnes qui ont vécu cette tragédie. Loin d’enfermer les deux adolescents dans leur statut de victimes, elle restitue leur personnalité, leur histoire, leur humanité.
Zyed Benna et Bouna Traoré cessent d’être des symboles ou des chiffres, pour redevenir ce qu’ils étaient avant tout : deux jeunes dont la vie a été brutalement interrompue.
En retraçant les mécanismes qui ont conduit à l’embrasement de 2005, le documentaire interroge les continuités : le rapport entre jeunesse et police, la place des quartiers populaires dans le récit national, les emballements médiatiques et les instrumentalisations politiques.
Un regard indispensable pour comprendre pourquoi la mort de Zyed et Bouna demeure un marqueur profond de notre époque.
2005, état d’urgence
3 x 45 min – 2025
Réalisation : Gwenael Bourdon et Marie-Pierre Jaury
Narration : Abd Al Malik
Diffusion : dimanche, 21h05 sur France 5
Suivi à 23h20 du film On n’est pas des racailles, réalisé par Djamel Mazi et Éric Kollek (Morgane Production, We Make Productions, France Télévisions)
Le 25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, se rend sur la dalle d’Argenteuil. Sa visite, tendue et médiatisée, est restée célèbre pour cette phrase : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser. »
Présent sur place, un jeune du quartier, Djamel Mazi, alors âgé de 19 ans, le questionne avec étonnement : « Vous ne pensez pas nous mettre tous dans le même sac ? »
Depuis 2001, caméra DV à la main, Djamel filmait son quotidien, ses amis, leurs rires et leurs rêves, sans imaginer que ces images deviendraient un jour un témoignage précieux sur la vie dans les quartiers populaires.
Vingt ans plus tard, devenu journaliste à France Télévisions, il décide de revisiter ces archives personnelles. Il part à la rencontre de ses amis d’enfance — Abdellah, Rafik, Toufik, Hakim… — pour découvrir ce qu’ils sont devenus et, à travers eux, raconter l’histoire de la dalle d’Argenteuil, devenue l’un des symboles des quartiers sensibles.
Comment une phrase prononcée par un ministre a-t-elle marqué leur trajectoire et la mémoire collective ? On n’est pas des “racailles” explore l’impact des mots politiques, la construction médiatique des banlieues et la puissance du récit intime pour éclairer et réparer l’Histoire.
Un voyage à la fois sensible et lucide, où la petite caméra d’hier éclaire, deux décennies plus tard, la grande Histoire.
En 2005, Nicolas Sarkozy les a traités de « racailles ». Aujourd’hui ils se racontent à leur ami d’enfance, @djamel_mazi. Comment ont-ils vécu cette séquence politique et quelles cicatrices a-t-elle laissé ?
"On n'est pas des racailles" - 23/11 à 23h20 sur @FranceTV pic.twitter.com/XQoCVTkWNj
— Morgane (@MorganeProd) November 21, 2025

















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