Et Dieu… créa la femme : le film culte qui a fait de Brigitte Bardot une légende

Publié le  
Sorti en 1956, Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim a bouleversé le cinéma français et propulsé Brigitte Bardot au rang de mythe mondial. Entre scandale, révolution des mœurs et naissance d’une icône, ce film tourné à Saint-Tropez incarne à lui seul l’esprit de liberté des années 1950. Près de sept décennies plus tard, sa puissance sensuelle et son audace continuent de fasciner.
Et Dieu… créa la femme : le film culte qui a fait de Brigitte Bardot une légende

Une intrigue simple, un film légendaire


Juliette, jeune femme d’une beauté envoûtante, suscite les désirs et les passions de trois hommes – incarnés par Jean-Louis Trintignant, Christian Marquand et Curd Jürgens. Derrière ce triangle amoureux en apparence banal se cache l’un des films les plus emblématiques du cinéma français : Et Dieu… créa la femme (1956).
Ce long métrage signé Roger Vadim fera de Brigitte Bardot une icône mondiale et changera à jamais la représentation de la femme au cinéma.

Vadim et Bardot : un couple au service d’une révolution


Marié à Bardot lors du tournage, Roger Vadim cherche à travers Juliette à capturer « le climat d’une époque ». Il décrit son héroïne comme une femme affranchie de la culpabilité et des tabous, libre d’aimer et de désirer sans contraintes sociales.
Une vision radicale pour l’époque, qui choque autant qu’elle fascine : là où le cinéma d’avant-guerre aurait condamné un tel personnage, Vadim en fait une figure moderne et sensuelle, symbole d’une féminité nouvelle.

Et Dieu... créa la femme bande-annonce du film (1956)


Aperçu vidéo

La genèse d’un film audacieux


À l’origine du projet, deux hommes : Roger Vadim, jeune dandy sans expérience de réalisation, et Raoul Lévy, producteur flamboyant et joueur invétéré. Sans véritable financement, ils peinent à convaincre les studios.
La chance tourne lorsqu’ils obtiennent l’accord de la Columbia, à condition d’engager une star internationale. Vadim et Lévy recrutent alors Curd Jürgens, acteur allemand très populaire, qui impose que son nom figure seul au-dessus du titre. Grâce à sa notoriété, le film décroche la couleur, le CinémaScope et un tournage en décors naturels à Saint-Tropez — une première à l’époque.

Le tournage : passion, tensions et naissance d’un couple mythique


Le rôle masculin principal revient à un jeune acteur presque inconnu : Jean-Louis Trintignant. La rencontre entre lui et Bardot est glaciale, mais Vadim filme leurs scènes dans l’ordre chronologique, cherchant à faire éclore une véritable passion à l’écran.
La fiction rejoint bientôt la réalité : les deux acteurs tombent amoureux pendant le tournage. Leur relation marquera la fin du mariage de Bardot et Vadim, mais donnera au film une intensité émotionnelle unique.

Sous l’œil de la censure


L’été 1955, le tournage s’installe à Saint-Tropez, encore paisible village de pêcheurs. Mais avant sa sortie, le film subit les foudres de la censure : plusieurs scènes jugées trop explicites sont coupées, et le film est interdit aux moins de 16 ans.
Une séquence échappe toutefois aux ciseaux : celle où Bardot danse pieds nus sur une table, dans un mambo endiablé devenu légendaire. Ce moment de liberté absolue fera d’elle un symbole de sensualité et d’audace.

Un accueil français tiède, une consécration américaine


Lors de sa sortie à Paris, en novembre 1956, le film reçoit un accueil mitigé : scénario jugé léger, dialogues critiqués, Bardot accusée de provocation gratuite. Pourtant, les jeunes critiques des Cahiers du cinéma y voient un souffle nouveau. François Truffaut salue la sincérité du regard de Vadim, tandis que Jean-Luc Godard loue son sens du réalisme et son audace formelle.
Le film, boudé en France, explose aux États-Unis. Les ligues religieuses le dénoncent, les spectateurs se ruent dans les salles. L’affiche américaine proclame : « Et Dieu créa la femme… mais le diable inventa Brigitte Bardot. » Résultat : plus de 16 millions d’entrées et 4 millions de dollars de recettes.

Une révolution des mœurs et du cinéma


En France, le succès américain relance la curiosité : Et Dieu… créa la femme attire finalement près de 4 millions de spectateurs.
Bardot devient une figure d’émancipation féminine, l’incarnation d’une jeunesse libre et insoumise. À l’image de James Dean dans La Fureur de vivre, elle exprime la révolte d’une génération en quête d’autonomie.
Vadim, sans le savoir, prépare le terrain à la Nouvelle Vague : tournage en extérieur, spontanéité, réalisme. Une nouvelle ère du cinéma français s’ouvre.

Le mythe Bardot


Le phénomène « BB » dépasse rapidement le cadre du cinéma. Simone de Beauvoir lui consacre un essai en 1959, la qualifiant de « locomotive de l’histoire des femmes ». Son style — ballerines, robe vichy, cheveux en bataille — devient une mode mondiale.
Antoine Pinay aurait même déclaré au général de Gaulle : « Les films de Brigitte Bardot rapportent autant de devises à la France que Renault. »

Saint-Tropez : du port tranquille à la légende


Le film propulse également Saint-Tropez au rang de mythe. Bardot y achète la villa La Madrague en 1958, attirant stars et jet-set du monde entier. Le petit port du Var devient le symbole du glamour et de la liberté des années 60.
Le producteur Raoul Lévy, lui, connaîtra une fin tragique à Saint-Tropez en 1966, emporté par les excès de la vie qu’il avait contribué à mythifier.

Une œuvre intemporelle


Presque soixante-dix ans après sa sortie, Et Dieu… créa la femme demeure un film fondateur : il a bouleversé les codes de la représentation féminine, lancé la carrière de Brigitte Bardot, inspiré la Nouvelle Vague et transformé Saint-Tropez en légende.
Roger Vadim tentera en 1988 un remake américain, sans succès — preuve que la magie de 1956 était unique : celle d’une époque, d’un lieu, et d’une jeune femme de 22 ans dansant librement sur une table.


📺 À voir sur Arte, lundi 20 octobre à 20h55
Et Dieu… créa la femme, de Roger Vadim (France, 1956).
Avec Brigitte Bardot, Jean-Louis Trintignant, Curd Jürgens, Jean-Marc Bory, Isabelle Corey, Jacques Riberolles et Jean Tissier.
Durée : 1 h 35.
Emma Dalzac
par
"Formée au journalisme, Emma Dalzac suit l'actualité des programmes TV, des séries et du divertissement. Elle s'intéresse aussi aux coulisses des émissions, aux films et aux tendances qui rythment le petit écran."

Vos avis