Nos frangins – Deux morts dans la nuit du 5 décembre 1986
À l’hiver 1986, la jeunesse française descend massivement dans la rue contre le projet de réforme universitaire porté par Alain Devaquet. La manifestation du 4 décembre, d’une ampleur exceptionnelle, se termine dans la violence après l’échec du dialogue avec le gouvernement de Jacques Chirac.
Dès le lendemain, Paris est quadrillée par les voltigeurs – policiers à moto dont le passager frappe à la matraque. Cette stratégie répressive va mener à un drame.
La mort de Malik Oussekine
Dans la nuit du 5 décembre 1986, Malik Oussekine, 22 ans, étudiant d’origine algérienne, est roué de coups par des policiers dans le hall d’un immeuble de la rue Monsieur-le-Prince. Il décède peu après.
- Les autorités cherchent d’abord à détourner l’attention en évoquant une supposée proximité avec la mouvance phalangiste libanaise.
- Rapidement, la thèse officielle se concentre sur sa maladie rénale, présentée comme la cause du décès.
- Le ministre Robert Pandraud ira jusqu’à déclarer : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con la nuit. »
Pourtant, un témoin direct décrit un passage à tabac brutal. Contrairement aux rumeurs, Malik ne participait pas aux manifestations : il rentrait simplement chez lui après une soirée au club de jazz.
La mort d’Abdel Benyahia
La même nuit, à Pantin, Abdel Benyahia, 20 ans, est tué d’une balle en plein cœur par un policier ivre et hors service alors qu’il tentait de calmer une altercation.
- Les autorités taisent le drame pendant deux jours pour éviter d’enflammer une opinion déjà bouleversée par la mort d’Oussekine.
- Le policier sera condamné à huit ans de prison, dont quatre effectués.
Nos frangins bande-annonce
Mémoire collective et raison d’État
Rachid Bouchareb et Kaouther Adimi lient dans Nos frangins ces deux histoires trop longtemps séparées. Elles révèlent les fractures sociales et raciales de la France des années 1980 :
- Oussekine : une famille intégrée, la capitale, une couverture médiatique qui en fait un symbole.
- Benyahia : la banlieue, une famille modeste, une invisibilisation médiatique quasi totale.
Comme le souligne Bouchareb : « Malik porte un nom. […] Mais combien d’autres victimes, comme celles du 17 octobre 1961, n’en ont jamais eu ? »
Justice inégale
- Pour Abdel Benyahia : une reconnaissance du meurtre et une condamnation pénale.
- Pour Malik Oussekine : des policiers sanctionnés par une simple mise à la retraite et des peines avec sursis.
Un film pour interroger la mémoire
À travers ce récit croisé, Nos frangins questionne la violence d’État, le racisme institutionnel et la manière dont la société française se souvient – ou oublie – ses victimes.
Diffusion
Jeudi 18 septembre à 21h sur France 4
Nos frangins - Film de Rachid Bouchareb (2022, 87 min) – Scénario coécrit avec Kaouther Adimi.
Avec : Samir Guesmi, Reda Kateb, Lyna Khoudri, Raphaël Personnaz, Laïs Salameh, Gérard Watkins, Wabinle Nabie...


















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