Canal+ : pourquoi la diffusion d’un documentaire d’Éric Zemmour provoque une fronde interne
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La diffusion prochaine du Suicide français, série documentaire adaptée du livre d’Éric Zemmour, provoque des tensions au sein de Canal+. Le syndicat +Libres dénonce une programmation qu’il juge politique, dans un contexte déjà marqué par les débats autour de Vincent Bolloré et de l’avenir du groupe.
Nouvelle tension au sein du groupe Canal+. La programmation prochaine du Suicide français, série documentaire adaptée du livre d’Éric Zemmour, suscite la colère du syndicat +Libres, qui dénonce un choix éditorial lourd de sens.
Le programme doit être diffusé sur Planète+ les 23 et 30 juin 2026, avec deux épisodes par soirée. Il sera également disponible sur la plateforme de Canal+. Mais avant même sa mise à l’antenne, cette série documentaire provoque déjà une polémique interne.
Quel programme est visé par le syndicat ?
Le documentaire en question est une adaptation du livre Le Suicide français, publié par Éric Zemmour en 2014. La série compte quatre épisodes et revient sur plusieurs décennies d’histoire française, de la mort du général de Gaulle jusqu’au début des années 2020.
Selon la présentation du programme, la série mêle archives, discours politiques, chansons, films et faits divers pour raconter les transformations de la société française. Le sujet est donc à la fois historique, politique et idéologique, ce qui explique la sensibilité particulière autour de sa diffusion.
Planète+ est une chaîne documentaire du groupe Canal+. Pour le syndicat +Libres, le problème ne vient pas seulement de l’existence du programme, mais de sa diffusion sur une antenne du groupe à un moment jugé particulièrement sensible.
Ce que dénonce le syndicat +Libres
Dans son communiqué, le syndicat +Libres critique vivement la décision de programmer cette série documentaire. Il estime que le groupe et ses salariés se retrouvent une nouvelle fois “pris en otage” par les intérêts idéologiques de l’actionnaire principal.
Le syndicat accuse aussi la direction d’accompagner la communication d’Éric Zemmour, président de Reconquête et figure politique très clivante. Pour +Libres, cette programmation constitue une “provocation”, notamment au regard de l’image que Canal+ revendique depuis des décennies autour de la diversité et de l’ouverture.
Le syndicat replace également cette décision dans une succession de polémiques qui, selon lui, ont affaibli le groupe ces dernières années. Son message vise donc autant la diffusion du documentaire que la trajectoire éditoriale plus générale de Canal+.
Pourquoi cette polémique arrive maintenant ?
La contestation intervient à quelques semaines de la diffusion du documentaire sur Planète+. Mais elle arrive aussi dans un contexte plus large de tensions autour de Canal+, de Vincent Bolloré et de son influence dans les médias et le cinéma.
Ces dernières semaines, une tribune anti-Bolloré a déjà provoqué de nombreuses réactions dans le monde du cinéma. Plusieurs personnalités ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme un risque pour la diversité culturelle et la pluralité des œuvres, notamment dans le contexte du projet de rachat d’UGC.
La réponse de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, avait elle aussi suscité des remous. Des signataires de la tribune avaient critiqué la réaction du groupe, tandis que d’autres professionnels du secteur défendaient le rôle historique de Canal+ dans le financement du cinéma français.
C’est dans cette séquence que s’inscrit la polémique autour du documentaire consacré à Éric Zemmour. Pour +Libres, la diffusion du Suicide français n’est donc pas un simple choix de programmation isolé.
Canal+ face à un sujet très sensible
Pour Canal+, le dossier est délicat. Le groupe peut défendre la liberté éditoriale de ses chaînes documentaires et la possibilité de diffuser des programmes politiques ou historiques controversés. Mais en interne, une partie des salariés estime que cette programmation brouille l’image du groupe.
La difficulté tient aussi au statut d’Éric Zemmour. Il n’est pas seulement l’auteur du livre adapté : il est aussi une personnalité politique active, ancien candidat à l’élection présidentielle et président de Reconquête. La diffusion d’un documentaire construit autour de sa vision de l’histoire française prend donc une dimension particulière.
C’est précisément ce que reproche le syndicat. Selon lui, le groupe ne devrait pas donner l’impression de servir la communication d’un responsable politique, surtout dans une période où l’indépendance éditoriale de Canal+ est régulièrement discutée.
Une affaire qui dépasse Planète+
Cette polémique ne concerne pas uniquement une chaîne documentaire. Elle touche à l’identité même de Canal+, à son rapport au cinéma, à ses salariés et à la ligne éditoriale de ses antennes.
Depuis plusieurs années, le groupe est régulièrement au centre de débats sur la place prise par les médias de la galaxie Bolloré dans le paysage audiovisuel français. La diffusion du Suicide français ravive donc une question plus large : jusqu’où Canal+ peut-il assumer des programmes politiquement sensibles sans provoquer de rupture en interne ?
Pour l’instant, la programmation reste annoncée sur Planète+ les 23 et 30 juin. Mais la prise de position du syndicat +Libres montre que le sujet est loin d’être anodin au sein du groupe.
La diffusion du documentaire sera donc scrutée de près, autant pour son contenu que pour ce qu’elle révèle du climat actuel autour de Canal+.
par Emma Dalzac "Formée au journalisme, Emma Dalzac suit l'actualité des programmes TV, des séries et du divertissement. Elle s'intéresse aussi aux coulisses des émissions, aux films et aux tendances qui rythment le petit écran."
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