David Bowie : l’ultime métamorphose racontée par Arte

Publié le vendredi 16 janvier 2026 à 10h54     4 min
Dix ans après sa disparition, Arte diffuse un documentaire audacieux qui éclaire le dernier virage d’un artiste insaisissable. Un film sans nostalgie facile, qui regarde Bowie droit dans les yeux.
David Bowie : l’ultime métamorphose racontée par Arte

Un adieu qui commence par la fin

Le film de Jonathan Stiasny frappe fort dès ses premières minutes. Il ne remonte pas le temps, il l’explose. L’histoire s’ouvre sur Blackstar, l’album publié deux jours avant la mort de David Bowie, comme un testament conscient, presque calculé. Pour son ami et collaborateur de toujours Tony Visconti, ce disque n’est rien de moins qu’un requiem. Une œuvre sombre, dérangeante, pensée comme un dernier geste artistique. Le documentaire pose ainsi son regard là où Bowie voulait qu’on le regarde : vers l’avant, même au seuil de la fin.

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Des témoins intimes, loin du mythe figé

Autour de Visconti, les voix se croisent et se répondent. Earl Slick, guitariste fidèle, Dana Gillespie, amie de la première heure, anciens collaborateurs de tournées… Tous racontent un Bowie multiple, parfois brillant, parfois abrupt. Le film ne cherche jamais à lisser les aspérités. Hanif Kureishi évoque un homme capable de couper les ponts sans ménagement. Un artiste pressé, toujours déjà ailleurs. Cette honnêteté donne au portrait une force rare, loin de toute hagiographie confortable.

1983 : quand Bowie devient une icône… et s’en méfie

L’un des partis pris les plus surprenants du film est son montage non chronologique. On se retrouve projeté en 1983, au sommet de la vague Let’s Dance. Bowie remplit des stades, devient une superstar mondiale. Mais cette image de crooner bronzé et lisse, beaucoup trop étroite pour lui, devient vite une prison. « Bowie se lassait vite de ses jouets », résume Earl Slick. Et il s’emploiera, presque violemment, à dynamiter cette version trop sage de lui-même dans les années suivantes.

Les années de doute, les paris ratés

Le documentaire ose s’attarder sur les zones d’ombre. Tin Machine, cette tentative de redevenir un simple membre de groupe rock, est analysée sans indulgence. Une expérience jugée ratée, et même humiliante par certains critiques de l’époque. Ces échecs racontent pourtant quelque chose d’essentiel : Bowie refusait la répétition. Quitte à perdre son public, quitte à se tromper. Un risque permanent qui fait aussi la grandeur de sa trajectoire.

Se réconcilier avec soi-même dans les années 1990

Après les triomphes populaires des années 1980, Bowie s’enfonce à nouveau dans l’expérimentation. De Black Tie White Noise à Hours, il accepte un public plus confidentiel. Avant la tournée Sound & Vision, il annonce même vouloir chanter ses tubes « pour la dernière fois ». Une manière de tourner la page. Il faudra attendre Glastonbury 2000 pour qu’il embrasse enfin toutes ses périodes, sans renier aucune.

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Ziggy, l’espace et l’éternité pop

Le film n’oublie évidemment pas les fondations du mythe. Les débuts hésitants, l’explosion Ziggy Stardust, la décennie 1970 sans faute. Une période où Bowie ne suit pas la pop : il la redessine. Images rares, archives précieuses, démonstration du Mellotron par Rick Wakeman… Ici, la musique reprend toute sa place. Et rappelle combien l’obsession de Bowie pour l’espace, depuis Space Oddity, irrigue toute son œuvre.

Un documentaire exigeant, imparfait, mais essentiel

On pourra tiquer sur le doublage français, anachronique et parfois maladroit. Mais l’essentiel est ailleurs. Dans cette manière de laisser parler les chansons, les silences, les contradictions. David Bowie : dernier acte ne fige pas une légende. Il montre un artiste en mouvement perpétuel, jusqu’au bout. Un créateur qui a fait de sa propre disparition un geste artistique. Et vous, quel Bowie préférez-vous garder en mémoire : la star planétaire ou l’expérimentateur insaisissable ?

David Bowie : Dernier acte à 22h30 sur Arte le vendredi 16 janvier 2026

Emma Dalzac
par Emma Dalzac
"Emma est passionnée de TV depuis toujours, elle aime en parler... parfois trop.
A vous de juger."
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