Un renoncement inattendu après cinq mois de bataille
Jeudi 26 février, Netflix a créé la surprise en annonçant qu’il ne relèverait pas son offre face à celle de Paramount Skydance pour racheter Warner Bros Discovery (WBD). Le groupe de Reed Hastings et Ted Sarandos bénéficiait pourtant du soutien du conseil d’administration de WBD et semblait en position favorable depuis plusieurs semaines. Mais la dernière proposition de Paramount, portée à 31 dollars par action, a changé la donne. Valorisée autour de 110 milliards de dollars dette comprise, cette offre a été jugée “supérieure” par le conseil de WBD. Quelques minutes plus tard, Netflix officialisait son retrait.“Nous avons toujours été disciplinés”
Dans un communiqué, le conseil d’administration de Netflix a justifié sa décision :“Nous avons toujours été disciplinés, mais au prix nécessaire pour s'aligner sur la dernière offre de Paramount Skydance, cette transaction n'est plus attractive financièrement.”Un message clair : le géant du streaming refuse de payer au-delà d’un certain seuil, même pour mettre la main sur un actif aussi stratégique que Warner Bros et HBO Max.
Deux visions opposées de l’avenir de Warner
En décembre, Netflix et WBD avaient trouvé un accord portant uniquement sur une partie du groupe : le studio Warner Bros et la plateforme HBO Max. Le reste des activités, dont CNN et plusieurs chaînes câblées, devait être isolé dans une nouvelle entité cotée en Bourse. Paramount Skydance, au contraire, souhaite absorber l’ensemble du groupe. Une opération ambitieuse qui nécessitera un montage financier complexe et un endettement massif, soutenu notamment par Larry Ellison, fondateur d’Oracle et père de David Ellison, patron de Paramount Skydance. Autre élément clé : Paramount s’est engagé à verser à WBD les 2,8 milliards de dollars d’indemnité de rupture dus à Netflix si leur union n’aboutit pas.Un choix stratégique salué par les marchés
Si Netflix essuie un revers stratégique, la Bourse a accueilli favorablement son retrait. Beaucoup d’investisseurs redoutaient une acquisition jugée trop coûteuse. Dans les échanges électroniques après la clôture de Wall Street, l’action Netflix gagnait près de 10 %. Ce rebond illustre une réalité : le marché privilégie aujourd’hui la rentabilité et la discipline financière, même dans une industrie en pleine recomposition.Un tournant pour Hollywood et le streaming
Warner Bros Discovery reste un géant fragilisé. Son chiffre d’affaires 2025 est en baisse de 5 %, avec un ralentissement accentué au quatrième trimestre. Le streaming progresse – 131,6 millions d’abonnés dans le monde, soit 14,7 millions de plus en un an – mais les coûts augmentent plus vite que les revenus. Quant à la télévision traditionnelle, elle continue d’éroder ses marges. Dans ce contexte, l’issue du vote des actionnaires prévu le 20 mars sera décisive. Si Paramount l’emporte, l’équilibre des forces à Hollywood pourrait évoluer durablement.Derrière cette bataille financière se joue en réalité une question plus large : qui, demain, contrôlera les grandes franchises, les studios historiques et les plateformes capables d’attirer des centaines de millions d’abonnés ? Netflix a choisi la prudence. Paramount, elle, parie sur une transformation à haut risque. Le verdict appartient désormais aux actionnaires — et, à terme, au public.
















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