Narcotrafic, le poison de l'Europe sur Arte : plongée dans le laboratoire européen du narcotrafic

Publié le mardi 6 janvier 2026 à 07h35
Bien avant que la violence liée au narcotrafic n’explose en France, les Pays-Bas ont été le terrain d’expérimentation d’une criminalité ultraviolente et mondialisée, portée par l’arrivée massive de cocaïne en Europe. À travers une enquête fouillée, Christophe Bouquet et Mathieu Verboud dévoilent les mécanismes d’un « marché sans maître », reflet sombre de l’ultralibéralisme contemporain, et alertent sur une menace qui fragilise désormais l’ensemble des démocraties européennes.
Narcotrafic, le poison de l'Europe sur Arte : plongée dans le laboratoire européen du narcotrafic

Narcotrafic en Europe : quand les Pays-Bas ont servi de laboratoire du chaos


Bien avant que la France ou la Suède ne prennent la mesure de la violence liée au narcotrafic, les Pays-Bas ont été confrontés, dès les années 2010, à une criminalité d’un genre inédit. L’arrivée massive de cocaïne en provenance d’Amérique latine y a fait émerger un écosystème criminel ultraviolent, mondialisé et insaisissable, bien éloigné des mafias traditionnelles.

À travers une enquête fouillée, Christophe Bouquet et Mathieu Verboud reviennent sur cette histoire largement ignorée en France. Leur travail met en lumière un phénomène qu’ils qualifient de narcocapitalisme : un trafic sans hiérarchie stable, prospérant dans les interstices d’une économie ultralibérale où les frontières entre légal et illégal deviennent poreuses.

Diffusé sur Arte le 6 janvier 2026 et disponible sur Arte.tv, Narcotrafic, le poison de l’Europe s’inscrit dans la continuité de leurs précédentes investigations consacrées aux liens entre criminalité organisée, économie globale et institutions démocratiques.

Une criminalité nouvelle, miroir de la mondialisation

Quand la cocaïne redessine le crime organisé européen


L’afflux de cocaïne latino-américaine en Europe a profondément transformé les structures criminelles. Aux Pays-Bas, cette mutation s’est traduite par l’émergence de réseaux flexibles, violents et extrêmement mobiles, capables d’opérer à l’échelle mondiale sans véritable ancrage territorial.

Marseille est aujourd’hui l’un des visages français les plus visibles de cette dynamique, mais le phénomène dépasse largement les frontières nationales. Ports, plateformes logistiques, places financières et paradis fiscaux composent un territoire mouvant où circulent marchandises, capitaux et hommes.

video

Trois notions trompeuses pour comprendre le narcotrafic


Dans leur enquête, Bouquet et Verboud déconstruisent plusieurs expressions couramment utilisées, qui, loin d’éclairer le phénomène, en brouillent la compréhension.

« Mocro Maffia » : un terme réducteur et stigmatisant


Employée pour la première fois en 2014 après une vague d’assassinats, l’expression « Mocro Maffia » a rapidement envahi le débat public néerlandais. Elle suggère une mafia monoethnique liée à la communauté marocaine, une lecture simpliste que les auteurs réfutent.

Les réseaux impliqués sont en réalité profondément hétérogènes : jeunes issus de l’immigration rifaine, Néerlandais d’origine, Surinamiens, ressortissants de Curaçao, mais aussi partenaires sud-américains, italiens, irlandais ou balkaniques. Ce qui les unit n’est pas une identité commune, mais un accès au marché de la cocaïne.

Le mot « mafia », lui-même, est trompeur. Contrairement aux organisations italiennes ou albanaises fondées sur le contrôle territorial, ces groupes se structurent autour d’un marché, avec des alliances instables et une violence exacerbée.

Crime organisé : l’illusion d’un ordre


Aux Pays-Bas, le narcotrafic repose sur un modèle économique fragmenté et opportuniste. Des commanditaires peuvent piloter des importations depuis l’étranger, parfois à des milliers de kilomètres des ports de Rotterdam ou d’Anvers.

Dans cet univers ultra-concurrentiel, aucun groupe ne contrôle durablement les prix ou les volumes. Les criminologues parlent ainsi de criminalité désorganisée : un système sans centre de gravité, où la violence devient un outil de régulation parmi d’autres.

« Narco-État » : une fausse évidence


L’idée de « narco-État » suppose que les institutions seraient entièrement inféodées au trafic de drogue. Pour les auteurs, cette notion ne correspond à aucune réalité contemporaine.

En revanche, les Pays-Bas s’inscrivent dans une longue histoire du commerce des drogues, remontant à l’époque coloniale. Après la prohibition internationale du XXᵉ siècle, le pays a su tirer parti de la globalisation des échanges et de son rôle central dans le commerce mondial.

La France, bien que moins exposée en volume d’importations, connaît aujourd’hui un niveau de violence comparable, notamment en Seine-Saint-Denis et à Marseille, où des formes d’emprise criminelle se sont durablement installées.

video

Une menace directe pour les démocraties européennes


Fruit de plus de dix ans de recherches, l’enquête s’appuie sur des témoignages de chercheurs, journalistes, policiers, magistrats et douaniers. Tous partagent le même constat : le narcotrafic contemporain constitue l’une des principales menaces pour la sécurité intérieure de l’Europe.

Les réponses ne peuvent être uniquement répressives. Les auteurs plaident pour une action coordonnée, mêlant politiques policières, judiciaires, sanitaires et sociales, mais aussi une coopération internationale renforcée contre le blanchiment d’argent et l’opacité financière.

Sans une remise en cause des piliers de l’ultralibéralisme qui facilitent ces flux, préviennent-ils, la « guerre à la drogue » restera un combat sans fin.


Narcotrafic, le poison de l’Europe, documentaire de Christophe Bouquet et Mathieu Verboud, diffusé sur Arte le 6 janvier 2026 et disponible sur Arte.tv.
TV-Programme.com
par TV-Programme.com
"L'équipe rédactionnelle de TV-Programme.com"
Vos avis   Je donne mon avis

tv-programme.com