Technofascisme ? Les barons de la Silicon Valley à l'assaut de la démocratie sur Franceinfo

Publié le vendredi 6 juin 2025 à 16h27
Alors que Donald Trump entame un second mandat sous le signe de l’autoritarisme, un soutien inattendu émerge des rangs de la Silicon Valley. Le documentaire Technofascisme ? explore les liens idéologiques et stratégiques entre certains géants de la tech et l’extrême droite américaine. Une enquête saisissante sur les dérives possibles du pouvoir technologique face à la démocratie.
Technofascisme ? Les barons de la Silicon Valley à l'assaut de la démocratie sur Franceinfo

Un documentaire-choc sur l’alliance entre géants de la tech et pouvoir politique


Dans un contexte de second mandat de Donald Trump, marqué par une remise en cause des contre-pouvoirs démocratiques et une présidence de plus en plus autoritaire, un phénomène inquiétant se dessine : le soutien actif de certains magnats de la Silicon Valley à ce projet politique. Parmi eux, Elon Musk, mais aussi Peter Thiel, figure discrète mais très influente dans les sphères du pouvoir à Washington.

Ce documentaire réalisé par Luc Brisson et Julien Pain, journalistes pour Vrai ou Faux sur franceinfo, propose une plongée dans les coulisses de cette convergence inattendue entre le monde des technologies et les cercles de l’extrême droite américaine.

Des intérêts communs aux affinités idéologiques


Comment expliquer l’alliance entre les leaders d’une industrie qui se veut progressiste et un pouvoir politique conservateur et autoritaire ? Ce long format explore les racines historiques, économiques et idéologiques de ce rapprochement. Il révèle des logiques partagées : dérégulation, rejet des institutions traditionnelles, culte de l’innovation comme moteur suprême... mais aussi, parfois, des visions du monde inquiétantes.

Vers un “technofascisme” ? Une hypothèse examinée


Le documentaire interroge le parallèle dressé par certains experts entre la montée des régimes fascistes au XXe siècle en Europe et l’actuelle progression des idéologies populistes aux États-Unis. Ce glissement peut-il être qualifié de “technofascisme” ? Ou cette lecture historique masque-t-elle la nature inédite du tandem Trump-Musk, fait de réseaux sociaux, d’intelligence artificielle, et de concentration extrême des richesses et du pouvoir ?

Témoignages et analyses de l’intérieur


Pour éclairer ces enjeux, les réalisateurs ont recueilli la parole d’experts, de chercheurs et d’acteurs de la tech ayant observé – ou vécu – cette transformation de l’intérieur :
  • Max Chafkin, journaliste et biographe de Peter Thiel
  • Fred Turner, professeur à Stanford, spécialiste de l’histoire de la Silicon Valley
  • Luc Julia, co-créateur de Siri
  • Alex Gangitano, journaliste politique accréditée à la Maison Blanche pour The Hill

Un reportage à ne pas manquer


À travers une enquête rigoureuse et nuancée, Technofascisme ? lève le voile sur une dynamique aux conséquences majeures pour la démocratie américaine… et peut-être au-delà.

Technofascisme : Quand la Silicon Valley flirte avec l'autoritarisme - Diffusion : Vendredi 6 juin à 21h55 sur franceinfo



 

Peter Thiel : trois décennies d’influence libertarienne au cœur de la Silicon Valley


Allier technologie avancée, conservatisme radical et stratégie politique n’est pas une nouveauté. Cette trajectoire trouve une figure centrale dès les années 1990 : Peter Thiel, cofondateur de PayPal aux côtés d’Elon Musk et investisseur de premier plan dans Facebook. Moins exposé médiatiquement que ses pairs, Thiel joue pourtant un rôle clé dans le rapprochement entre les élites technologiques et la droite dure américaine, notamment autour de Donald Trump.

Issu d’une famille d’industriels ayant vécu en Afrique australe sous l’apartheid, Peter Thiel grandit dans un environnement marqué par la ségrégation. À Stanford, où il étudie le droit et la philosophie, il fonde The Stanford Review, un journal étudiant dans lequel il attaque violemment le multiculturalisme et défend des positions conservatrices. Inspiré par le penseur français René Girard, il adopte tôt une vision du monde antagoniste, où les mouvements sociaux pour l’égalité représentent, selon lui, une menace pour les valeurs occidentales. En 1996, il affirme sans détour : « Le multiculturalisme est fondamentalement anti-occidental ».

Thiel assume une posture radicale vis-à-vis de la démocratie libérale. Dès 2009, dans un texte désormais célèbre, il déclare : « Je ne crois plus que liberté et démocratie soient compatibles. » Ce positionnement libertarien extrême le conduit à financer des candidats républicains dès 2008, puis à devenir, en 2016, le seul grand entrepreneur de la tech à soutenir publiquement Donald Trump. Il obtient un rôle de conseiller et contribue à orienter les géants du numérique vers une ligne plus proche du pouvoir républicain, notamment en réaction aux régulations proposées par l’administration Biden.

Curtis Yarvin, le théoricien de la néoréaction


L’un des penseurs qui influence Peter Thiel dans cette évolution est Curtis Yarvin, alias "Mencius Moldbug", une figure controversée de la mouvance néoréactionnaire. Yarvin rejette le suffrage universel et défend une forme de gouvernement centralisé, autoritaire, inspiré du modèle entrepreneurial. « Curtis Yarvin est un monarchiste de la Silicon Valley », explique Fred Turner, professeur à Stanford, dans le documentaire.

Auteur d’un manifeste intitulé RAGE en 2012, Yarvin y propose de démanteler totalement la bureaucratie fédérale, une vision appliquée en partie par Elon Musk à travers des licenciements massifs dans ses entreprises. Son influence s’étend bien au-delà des cercles d’initiés.

J.D. Vance : l’héritier politique façonné par Thiel


Pour prolonger son influence, Thiel mise sur une nouvelle figure politique : J.D. Vance, écrivain et entrepreneur, révélé au grand public par son livre Hillbilly Elegy. Lorsqu’ils se rencontrent dans les années 2010, Vance est encore étudiant. Thiel, séduit par son profil, l’intègre à ses fonds d’investissement, puis le pousse en politique.

En 2021, Thiel joue un rôle décisif dans la campagne sénatoriale de Vance en Ohio, qu’il finance généreusement. L’alliance se resserre davantage lorsqu’en 2024, Trump choisit J.D. Vance comme colistier. Désormais vice-président, Vance incarne une ligne dure sur les questions internationales, comme en témoignent ses propos virulents à l’égard du président ukrainien Zelensky ou ses interventions à Munich, où il critique frontalement les Européens.

« J.D. Vance est en train d’être préparé pour 2028, et le monde de la tech y joue un rôle central », analyse la chercheuse Laura Field dans le reportage.
TV-Programme.com
par TV-Programme.com
"L'équipe rédactionnelle de TV-Programme.com"
Vos avis   Je donne mon avis

tv-programme.com